Le Conservatoire botanique national de Bailleul
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La région Nord-Pas de Calais : une mosaïque de terroirs


- Le relief
- Le climat
- La géologie
- Les paysages
- Les territoires phytogéographiques

Le relief

Contrairement à certaines idées reçues, la région Nord - Pas de Calais est loin d’être cette morne plaine cultivée dont les terrils du bassin minier constitueraient les seuls éléments de relief. Certes, il ne faut pas non plus y chercher quelque alpage ou gorge encaissée mais la carte du relief régional montre distinctement deux pôles géographiquement opposés, caractérisés par des altitudes dépassant largement les 150 m : les collines crayeuses de l’Artois et du Haut-Boulonnais à l’Ouest (« culminant » à un peu plus de 200 m en bordure orientale de la dépression du Bas-Boulonnais) et les contreforts du massif ardennais au Sud-Est, aux confins de la Fagne forestière et de la Famenne (altitude s’élevant graduellement jusqu’à plus de 230 m sur le plateau d’Anor).

Entre ces deux pôles, ainsi qu’au nord de l’Artois, l’altitude moyenne avoisine les 50 m avec des altitudes de 15 à 20 m dans la plaine de la Lys et celle de la Scarpe et de l’Escaut. Entre Calais, Dunkerque et Saint-Omer, la plaine maritime flamande forme un vaste triangle de polders dont l’altitude atteint - 2 m dans les Moëres.

Si ces différences d’altitude, somme toute assez insignifiantes peuvent faire sourire certains, nous verrons ci-dessous qu’elles ont néanmoins un impact notable sur le climat (pluviométrie et températures) et, par conséquent, sur la flore et en particulier pour les espèces en limite d’aire de répartition.

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Le climat

Comparativement à d’autres régions de France, le climat du Nord - Pas de Calais peut être considéré comme assez contrasté. L’élévation d’altitude dans l’Artois/Boulonnais vers l’Ouest et l’Avesnois vers le Sud-Est induit, dans ces deux secteurs, une élévation correspondante de la pluviosité annuelle moyenne : plus de 1 000 mm/an dans la partie orientale du Boulonnais et sur le Haut-Artois voisin et plus de 800 mm/an dans la majeure partie des collines de l’Artois et à l’Est de la vallée de la Sambre (Bocage Avesnois, Fagne, Calestienne et Ardenne). Dans les plaines au Nord-Ouest et à l’Est de l’Artois, la pluviométrie moyenne n’excède que localement 700 mm/an, avec des minima de 600 mm/an à l’est de Saint-Omer et dans le triangle Lens-Arras-Douai.

On perçoit en outre, du littoral vers la Fagne forestière, un gradient d’atlanticité/continentalité avec des amplitudes thermiques annuelles inférieures à 20° sur la façade littorale au sud de Calais mais atteignant 25° vers l’Ardenne.

De nombreuses espèces de plantes sauvages sont sensibles à ces variations climatiques et leur distribution régionale reflète alors bien ces contrastes entre secteurs à affinités atlantiques, subcontinentales voire submontagnardes ou encore méridionales.

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La géologie

Très schématiquement, on peut distinguer deux grands secteurs géologiques séparés par une ligne orientée Ouest-nord-ouest – Est-sud-est (de Calais à Avesnes-sur-Helpe en passant par Saint-Omer, Béthune et Douai).

Au nord, les terrains sont majoritairement constitués d’argiles et de sables déposés au cours de l’ère tertiaire (Yprésien, Landénien) largement recouverts de limons éoliens (loess) et de dépôts alluviaux récents (plaines de la Lys, de la Scarpe et de l’Escaut). On est donc le plus généralement en présence de sols lourds et de pH neutre à acide. Notons cependant, entre Lille et Lens, l’existence d’une invagination de terrains crayeux, eux aussi largement recouverts de limons (Mélantois et Gohelle).

Au sud, on rencontrera essentiellement les terrains crayeux (ou localement marneux) du Crétacé supérieur ou moyen (Sénonien, Turonien) qui constituent la marge septentrionale du Bassin Parisien. Ces assises n’affleurent en général que sur les versants des vallées, les plateaux étant recouverts d’une épaisse couche de limons loessiques. Localement, des buttes tertiaires (Landénien) ont échappé à l’érosion (Bois de Bourlon près de Cambrai par exemple).

A l’ouest et à l’est de la région, on distinguera encore 2 unités géomorphologiques majeures. Le Boulonnais correspond à une dépression de forme triangulaire s’ouvrant vers l’Ouest sur la mer, résultant de l’érosion d’un anticlinal et limité au Nord-est et au Sud-est par deux côtes saillantes (« cuestas ») crayeuses (Turonien) et marneuses (Cénomanien). L’érosion de ce secteur a mis à nu une grande variété de couches géologiques jurassiques de natures très diverses (sables, calcaires, marnes, grès, argiles). Dans le nord du Boulonnais, on exploite les marbres, calcaires et grès paléozoïques (Carbonifère et Dévonien) qui affleurent dans la région de Marquise.

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cap Blanc-Nez

Le socle de l’Avesnois est constitué de roches primaires (Dévonien moyen et supérieur surtout), principalement des schistes et des grès, bien souvent recouvertes de limons mais affleurant plus régulièrement dans la partie orientale de ce secteur, la Fagne. La Calestienne forme quant à elle une étroite bande de roches calcaires du Carbonifère (Frasnien et Givétien) séparant la Fagne de l’Ardenne dont les roches acides (grès et schistes) datent du Cambrien.

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Les paysages

L’utilisation du sol résultant en grande partie des caractéristiques pédologiques et climatiques, on ne sera pas surpris d’apprendre, suite à la lecture des paragraphes précédents, que le Nord - Pas de Calais présente une grande diversité paysagère. La majeure partie du Boulonnais et l’Avesnois, dont les sols lourds se réchauffent et se drainent difficilement, sont voués à l’élevage sur prairies permanentes. Un maillage bocager dans l’ensemble bien conservé caractérise le paysage de ces deux entités géographiques. L’habitat est groupé. Les forêts sont nombreuses et les petits bois innombrables (forêts d’Hardelot, de Boulogne et de Desvres dans le Boulonnais ; forêts de Mormal, de l’Abbé-Val-Joly, d’Hirson... dans l’Avesnois).

Dans l’Artois, on observe un contraste saisissant. Alors que les plateaux sont presque entièrement consacrés à la culture intensive mais néanmoins parsemés de nombreux bois ou forêts (citons du Nord au Sud : la forêt de Guînes, la forêt de Tournehem, la Montagne de Lumbres, la forêt de Créquy, le bois de Fressin et la forêt d’Hesdin), dans les vallées, où est localisée la grande majorité des villages et hameaux, le paysage est très bocager et les herbages occupent aussi bien les zones alluviales qu’une partie des versants. Les Flandres et le Pévèle (le long de la frontière belge, de part et d’autre de l’agglomération lilloise) constituent deux zones majoritairement vouées à la polyculture mais l’élevage reste assez présent (pâtures surtout concentrées aux abords des fermes et dans la plaine de la Lys). L’habitat rural est très dispersé (nombreuses fermes isolées). Les forêts sont rares et essentiellement localisées sur la marge Sud de ces secteurs. On citera d’Ouest en Est : forêt d’Éperlecques, bois de Watten, forêt de Clairmarais, forêt de Nieppe (en plaine de la Lys), bois des Dames, forêt de Phalempin, forêt de Marchiennes (partie nord).

La Flandre maritime (ou plaine maritime flamande) constitue une zone de polders cultivés sillonnée d’un réseau complexe de canaux (les « watergangs ») et de fossés. Le marais audomarois et plus à l’Ouest le marais de Guînes constituent des zones marécageuses, également parcourues de nombreux fossés et canaux, où maraîchage, prairies humides bocagères (localement tourbeuses), étangs, peupleraies et roselières forment une mosaïque complexe. Dans la plaine de la Scarpe et de l’Escaut, les prairies encore abondantes régressent rapidement sous l’effet conjugué des labours et des drainages.

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Marais audomarois

Aujourd’hui, ce sont les nombreuses peupleraies qui caractérisent le mieux cette zone humide. On citera trois principaux massifs forestiers : forêt de St-Amand, forêt de Flines, forêt de Bonsecours (la partie sud de la forêt de Marchiennes est également en plaine de la Scarpe).

Au sud, entre le plateau artésien et l’Avesnois, le Cambrésis (incluant ici la partie orientale de l’Arrageois et le sud de l’Ostrevent) forme un plateau presque totalement cultivé où haies et prairies se cantonnent à proximité immédiate des villages (l’habitat est groupé). Les bois sont rares et peu étendus (bois de Bourlon, bois d’Havrincourt...). La vallée de la Sensée qui traverse ce secteur d’Ouest en Est est caractérisée par une chaîne d’étangs bordés de roselières et des saulaies (anciennes zones d’extraction de la tourbe), séparés par de vastes peupleraies, des cultures et quelques îlots prairiaux.

Le littoral présente également une variété importante de paysages naturels (si l’on excepte les zones urbaines et portuaires de Dunkerque, Calais et Boulogne). Le littoral flamand est essentiellement formé d’un étroit cordon sableux protégeant les polders de la plaine maritime flamande. Outre les massifs dunaires, on signalera l’existence de prés salés (estuaire de l’Aa) et de « plages vertes » sablo-vaseuses parsemées de mares de chasse (Fort Vert, Platier d’Oye). Le littoral boulonnais est très diversifié. Aux falaises de craie et de marnes du Cap Blanc-Nez succèdent les dunes de Wissant puis les falaises jurassiques gréseuses et argileuses (du Cap Griz-Nez au Sud de Boulogne), interrompues par le complexe de prés salés, plages de galets et dunes de l’estuaire de la Slack. Le littoral picard (dont le Marquenterre constitue la prolongation dans le département de la Somme), est constitué d’un cordon dunaire large de plusieurs kilomètres, entrecoupé par l’estuaire de la Canche et celui de l’Authie.

En arrière de ce massif dunaire, en contrebas du plateau artésien (localement appelé « Montreuillois »), une bande marécageuse reliant, parallèlement à la côte, la vallée de la Canche à celle de l’Authie constitue la Plaine maritime picarde, qui se poursuit jusqu’à la Somme. Cette dépression héberge des tourbières alcalines parsemées de mares de chasse, des prairies et des bois humides (saulaies naturelles ou peupleraies).

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Terril d’Auberchicourt

Enfin, on ne peut oublier le bassin minier, large bande traversant d’Ouest en Est la région (entre Thérouanne et la frontière belge près de Valenciennes). Bien qu’il s’agisse d’un « néopaysage » se superposant à plusieurs unités paysagères que nous venons de décrire, il est certain que les imposants terrils coniques ou plats, témoins de l’importance des activités d’extraction houillère aujourd’hui révolues, ainsi que la densité de l’urbanisation et l’importante industrialisation ne passent pas inaperçus et confèrent au bassin minier une identité particulièrement forte dans la région.

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Les territoires phytogéographiques

Un travail de typologie et de cartographie des territoires phytogéographiques du Nord - Pas de Calais a été publié (TOUSSAINT et al., 2002 - revue Lejeunia, n°171). Il s’appuie à la fois sur les facteurs géomorphologiques, géologiques, climatiques et paysagers dont nous venons de tracer les grandes lignes ci-dessus mais également sur l’analyse de nombreuses cartes de distribution de plantes indicatrices.

La carte présentée ci-après, (également présente en téléchargement sur la colonne de droite en haute de page) extraite de cette publication, permet de localiser, en traits épais, la frontière entre les différents districts phytogéographiques de la région et les différentes sous-unités phytogéographiques identifiées, dont une majorité a été énumérée ci-dessus. Carte des territoires phytogéographiques {JPEG}
- District maritime : littoral flamand, plaine maritime flamande, marais de Guînes, littoral boulonnais, littoral picard, plaine maritime picarde.
- District brabançon : collines de Flandre intérieure, marais audomarois, plaine de la Lys, Mélantois (qui pourrait être rattaché par certains aspects au District picard), Pévèle, plaine de la Scarpe et de l’Escaut, pays de Mormal et Thiérache.
- District boulonnais : cuesta, Bas-Boulonnais, pays de Licques.
- District picard : Haut-Artois, Artois septentrional, Montreuillois, Artois méridional, plaine du Bas-Cambrésis et de Gohelle, Haut-Cambrésis, Cambrésis oriental.
- District mosan : bocage avesnois, Fagne, Calestienne.
- District ardennais : Ardenne.

Pour plus d’informations sur les caractéristiques floristiques, géologiques, climatiques et paysagères de ces unités phytogéographiques, nous renvoyons le lecteur à cette publication, disponible auprès de ses auteurs.

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Jolie plante
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