Restaurer des cortèges de lichens terricoles typiques de landes sèches au Bois de Tillet.

le 15 déc 2025
Deux bénévoles de la Société linnéenne Nord-Picardie venus prêter main forte au CBN de Bailleul et à l'ONF le jour de la mise en place des protocoles (c) COCQUEMPOT, M. 2025.

Restaurer des cortèges de lichens terricoles typiques de landes sèches au Bois de Tillet : une expérimentation inédite menée par le CBN de Bailleul pour l’ONF

En 2025, l’Office national des forêts (ONF) a confié au Conservatoire botanique national de Bailleul (CBN de Bailleul) la conception et l’application de protocoles expérimentaux pour réintroduire des lichens terricoles calcifuges sur une parcelle restaurée du Bois de Tillet, à cheval entre Gondreville (Oise) et Coyolles (Aisne). Cette initiative s’inscrit dans la continuité des travaux menés depuis 2021, dans le cadre de la mesure compensatoire de l’élargissement de la route nationale 2 (RN2) mené par la DREAL Hauts-de-France, après l’ouverture d’anciennes pinèdes et d’un plateau où s’était installé un peuplement spontané dominé par les feuillus (chênes, châtaigniers, bouleaux, avec quelques pins sylvestres). Les zones d’intervention, dont ce plateau feuillu accueillant aujourd’hui les placettes de transplantation, ont été définies dans le plan de gestion élaboré par l’Agence Études de l’ONF en collaboration avec le CBN et le CEN.

Identifier des zones sources proches et menacées

Avant la mise en place de l’expérimentation, les prospections réalisées par le CBN de Bailleul ont montré que les espèces cibles du projet (Cladonia arbuscula et Cladonia portentosa, toutes deux inscrites à l’annexe V de la directive européenne Habitats-Faune-Flore) étaient absentes de la zone restaurée. Il a donc été nécessaire d’identifier des zones sources situées à proximité, en veillant à ne pas fragiliser les populations déjà en place. Deux sites ont ainsi été retenus : la Cave du Diable, où subsistent quelques populations relictuelles très dispersées et soumises à une forte pression (fréquentation, dépôts de déchets, etc.), ainsi que le chemin longeant la zone restaurée, où plusieurs stations de lichens sont soumises au piétinement.

Dans les deux cas, les prélèvements ont été réalisés en prélevant seulement une fraction limitée des populations existantes, dans une logique de sauvegarde et de transfert vers une zone moins fréquentée et faisant l’objet de suivis dans le temps.

Tester différentes techniques d’ensemencement

L’expérimentation a été mise en œuvre le 8 septembre 2025, mobilisant le CBN de Bailleul, l’ONF et deux bénévoles de la Société linnéenne Nord-Picardie. L’objectif de l’expérimentation est de comparer plusieurs techniques de transplantation et d’ensemencement de lichens. Pour ce faire, des quadrats expérimentaux de 50 cm de côté, subdivisés en 16 sous-quadrats, ont été répartis sur des portions de sable à nu au sein de la parcelle ayant fait l’objet de travaux.

La première série d’expérimentations reposait sur l’ensemencement de fragments de thalles. Les coussinets de lichens prélevés ont été fragmentés manuellement en morceaux de quelques centimètres, puis déposés soit directement sur le sable légèrement scarifié, soit sur une fine couche d’horizon humique prélevée dans une lande voisine. Cette couche organique constituait un substrat plus stable, susceptible de favoriser l’ancrage des fragments. Les fragments ont ensuite été humidifiés immédiatement après leur mise en place afin de faciliter leur fixation.

Une seconde série portait sur la transplantation de podétions (thalle secondaire vertical des lichens du genre Cladonia) entiers. Ceux-ci étaient implantés dans des micro-fosses creusées dans chaque sous-quadrat, en veillant à conserver leur orientation naturelle : la partie apicale, verte, orientée vers la lumière, et la base blanchâtre, moins riche en photosymbiotes, en contact avec le sol. Cette transplantation a été réalisée soit directement sur le sable, soit sur une couche d’horizon humique comparable à celle utilisée pour les fragments.

Enfin, une dernière modalité consistait à déplacer des tapis bryo-lichéniques, prélevés avec leur substrat d’origine sur une profondeur de quelques centimètres. Ces tapis comprenaient les lichens cibles mais aussi les bryophytes et les microorganismes du sol qui leur sont associés. Ceux-ci ont été installés dans des quadrats légèrement décaissés pour éviter toute surélévation susceptible d’accentuer le dessèchement.

Une variante de cette modalité a également été testée dans une zone soumise à la gestion mécanique de la Fougère-Aigle (Pteridium aquilinum), afin d’évaluer la résistance des transplants aux passages répétés d’un brise-fougère.

Un protocole suivi dans le temps

Trois semaines après la mise en place de l’expérimentation, un premier état des lieux a été réalisé afin d’évaluer la persistance des fragments, podétions et tapis, leur état général, leur orientation et d’éventuels déplacements. Ce suivi initial constitue le point zéro de l’expérimentation. Il servira de référence pour les observations annuelles que l’ONF réalisera de 2026 à 2028, puis tous les deux ans, selon le protocole mis au point par le CBN de Bailleul.

Une première régionale pour la restauration des landes sèches

Cette opération pilote représente une étape importante pour la restauration de cortèges de lichens terricoles au sein des landes sèches. Les résultats obtenus au Bois de Tillet constitueront une base de connaissance précieuse pour orienter les futures actions de restauration de ces habitats rares et menacés en Hauts-de-France.

Photo : Deux bénévoles de la Société linnéenne Nord-Picardie venus prêter main forte au CBN de Bailleul et à l'ONF le jour de la mise en place des protocoles © COCQUEMPOT, M. 2025.