Les végétations comme grille de lecture des habitats naturels

Niveaux intégration

La phytosociologie est une science de description et de classification de la végétation, des combinaisons d'espèces végétales (appelées communautés végétales). Le lien très fort qui lie les communautés végétales à leur milieu naturel fait que celles-ci sont d’excellents révélateurs des paramètres de l’habitat naturel (climat, nature du sol, influence des animaux, etc.).

C'est en observant et comparant les différents types de végétation (forêts, landes, roselières, prés salés...) que les phytosociologues peuvent définir des associations végétales, qui permettent de caractériser les habitats naturels et ainsi assurer la préservation de la diversité biologique. La connaissance des végétations permet de prendre en compte les relations des espèces avec le milieu, entre elles et leur dynamique mais également les relations entres végétations et leur dynamique naturelle afin de déterminer l'influence des actions de l'homme sur le milieu.

Une grille de lecture

La caractérisation des habitats naturels peut se faire par plusieurs niveaux, du plus précis au plus général :

Inventaire des végétations

1. Inventaire des végétations à l'échelle du quadrat

Ce niveau d'étude est le plus fin, il consiste en l'étude de végétations généralement d'intérêt patrimonial selon divers paramètres (modes de gestion par exemple) en délimitant au sein de ces végétations des surfaces d'1 m² appelé « quadrats ». Le suivi est réalisé chaque année et permet à terme permettre le suivi des populations, notamment en fonction des évolutions de leur habitat naturel, et donc de repérer très en amont les bouleversements qui pourraient engendrer une menace pour une espèce végétale. 

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2. Inventaire des végétations à l'échelle de la commune, de sites

Ce niveau d'étude est le second niveau, il consiste en l'inventaire des différentes végétations observées dans une maille ou au sein d'une commune donnée. Cette échelle permet un recensement des végétations présentes dans les communes, et de proche en proche dans les départements et la région.

Les cartes phytosociologiques sont très souvent exploitées pour améliorer la gestion des milieux naturels dans les espaces protégés (Réserves naturelles, Espaces naturels sensibles, sites de Conservatoire du littoral et des rivages lacustres...).
Ce sont aussi des outils de diagnostic écologique et des instruments d'aide à la décision qui sont de plus en plus utilisés pour l'aménagement du territoire.

L'inventaire des végétations ne se limite pas seulement à relever les végétations observées à l'échelle des communes. Le CBNBL réalise également des cartographies phytosociologiques et symphytosociologiques.

La cartographie phytosociologique répond à un besoin de précision quant à la localisation des végétations. La cartographie communale va lister sans information surfacique l'ensemble des végétations présentes dans une commune tandis que la cartographie phytosociologique permet d'avoir l'information surfacique et la localisation précise d'observation. Cette cartographie est généralement réalisé au sein d'un site tels que par exemple la cartographie phytosociologique des végétations d'intérêt communautaire du pré communal d'Ambleteuse, avec une évaluation du contrat Natura 2000.

La cartographie symphytosociologique est en lien avec le programme national de cartographie des habitats terrestres (CarHAB) et consiste à inventorier  les complexes de végétations au sein d’unités spatiales homogènes, qui constituent les cellules paysagères (voir paragraphe 3)

Les cartes peuvent par exemple constituer des photographies précises de l'état de conservation de la nature à un endroit particulier, du moins au moment des observations.

3. Inventaire des végétations à l'échelle du paysageNiveaux d'intégration végétations

Ce niveau d'étude est le plus large, il consiste en l'inventaire des différentes végétations observées au sein d'unités spatiales homogènes appelées cellules paysagères.

La végétation peut être abordée à plusieurs échelles d’analyse (qu’on appelle niveaux d’intégration). La phytosociologie des associations végétales en est le niveau le plus classique et un des niveaux élémentaires (avec celui des synusies). Mais les associations peuvent être regroupées en entités plus larges dont la combinaison est tout aussi répétitive que l’est la combinaison des espèces dans les associations végétales. Et ces entités peuvent elles-mêmes être regroupées en entités plus larges...

Par conséquent, la phytosociologie paysagère, ou symphytosociologie, est la « science issue de la transposition des méthodes et concepts de la phytosociologie sigmatiste à l’analyse du paysage végétal. Son objectif est d’étudier les complexes de groupements végétaux au sein d’unités spatiales homogènes, qui constituent les éléments du paysage. Elle se développe par paliers successifs » (Géhu, 2006).

Participation au programme national CarHAB

4. Exemple de combinaison d'échelles

En 2015, un premier programme a consisté en un atlas communal des végétations (Catteau et al., 2015) dans les communes du Parc naturel régional Scarpe-Escaut. Cette phase d’inventaire des végétations avait pour objectif de relever l’ensemble des types de végétations du territoire du Parc selon l’approche phytosociologique. L’inventaire a été restitué à l’échelle des communes et au niveau de l’association végétale.

En 2016, le programme CarHAB a été initié avec l’analyse des données de 2015, la production des fonds cartographiques du Nord (par l’IGN et l’unité de recherche EVS-ISTHME de l’Université de Saint-Étienne) et la participation à la rédaction du guide méthodologique de cartographie pour l’échelle nationale (MILLET et al., 2017). Cette phase a consisté en un important travail de bureau pour amorcer le travail de terrain en 2017. En parallèle, le Parc naturel régional Scarpe-Escaut a entrepris une démarche de candidature de désignation en zone Ramsar de la plaine de la Scarpe et de l’Escaut. Cette analyse du patrimoine phytocénotique du PNR a fourni un nombre important de données permettant de constituer le catalogue des cellules paysagères.

En 2017, une phase de cartographie dans le territoire de la plaine de la Scarpe et de l’Escaut au travers d’une approche paysagère a été réalisée. À l’échelle nationale, le programme prévoit une cartographie au 1/25 000e sur de grands territoires. Les cartes produites pourraient ainsi jouer les mêmes rôles que les cartes géologiques de la France au 1/50 000e, qui constituent une aide à la décision pour l'aménagement du territoire et une trame pour l’identification des enjeux de protection et la caractérisation des terroirs, ainsi qu’un support pour l’enseignement des sciences.

Bilan

Le CBNBL applique ces observations et études au suivi des habitats naturels pour les gestionnaires de milieux naturels (Conseils Généraux, Office National des Forêts, Conservatoire des espaces naturels...).
La méthode est simple : on réalise régulièrement des "photographies" phytosociologiques d'une surface définie, et l'on peut ainsi constater les évolutions biologiques, et notamment végétales, entre plusieurs observations.

Afin de préserver cette biodiversité, voire de la renforcer, certains habitats plus rares et/ou plus menacés que d'autres nécessitent une attention particulière de la part des aménageurs afin que l'on assure leur conservation. Regarder ces évolutions en parallèle de l'évolution des milieux, évolution notamment liée à l'activité humaine, permet une évaluation précise des impacts des changements environnementaux sur la flore sauvage.

L'ensemble de ces données, outre leur saisie dans Digitale2 et leur accessibilité individuelle, peuvent être mises en scène, valorisées, sous forme de cartographie des végétations liée à un habitat naturel spécifique.